Vente de sites internet « clé en main »

Aujourd’hui, j’ai reçu l’appel d’une victime de cette technique. Les faits sont les suivants : Un commercial d’une web agency le contacte pour lui vendre un site internet. R. (appelons-le R.) accepte le rendez-vous, son site ayant effectivement besoin d’un petit coup de neuf.
Quelques jours plus tard, le voilà signataire d’un joli contrat et futur propriétaire d’un site tout beau-tout neuf.
Sauf que…

SAUF QUE R. n’est pas et ne sera jamais propriétaire de son site, mais seulement locataire.

SAUF QUE R. comprend rapidement que quelque chose ne va pas. C’est allé trop vite, le commercial est parti avec sa signature, des chèques, le nom de domaine de son site actuel, il sent l’entourloupe, calcule le coût total de son futur site et décide de se rétracter.

Posons l’addition :

900 € de mise en service
+ 106 € / mois pendant 48 mois
= 5988 € au total.
Coquette somme, n’est-ce pas ?

Contacté par téléphone, le commercial est compréhensif sur le désir de R. de se rétracter, mais un peu trop évasif. R. pressent qu’il ne doit plus trop compter sur des échanges téléphoniques et en parle à une amie qui lui donne mon numéro.

Alors que faire ?
J’ai commencé une recherche sur le web pour conseiller R. au mieux. Le nombre de témoignages de victimes est d’ailleurs édifiant : Des produits bâclés, archaïques tant sur le code que sur le style graphique, des textes bidons, voire totalement absents (car oui messieurs-dames, pour ce prix, vous devez vous « impliquer » dans le résultat de votre communication web. En clair : vous héritez d’une structure vide et vous devez vous taper la saisie de vos contenus). Et on vous embobine avec de la gratuité contre un hypothétique partenariat, ou un abonnement mensuel longue durée.

Voici le fruit de mes premières recherches :

«En Droit français, une annulation n’est pas possible si l’exécution dudit contrat a débuté. Seule une résiliation est possible. (Sauf si les deux parties sont d’accord pour annuler le contrat.)»
Extrait de https://affaireeo.wordpress.com/2010/03/16/methode-pour-faire-resilier-des-contrats-de-site-web-souscrits-en-one-shot/

L’idée serait donc prioritairement d’empêcher la prestation de démarrer.
J’ai conseillé à R. d’agir vite !

 De contacter sa banque pour lui expliquer le problème des chèques et voir s’il est possible d’empêcher leur débit, ou tout au moins de le retarder. Pas sûr que cela soit proposé, un chèque étant un engagement de paiement [[Vous ne pouvez faire opposition au paiement d’un chèque qu’en avançant un des motifs suivants :

 perte,

 vol,

 extorsion,

 escroquerie,

 utilisation frauduleuse (ex: imitation de signature, modification du montant ou du bénéficiaire),

 procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire du professionnel bénéficiaire du chèque.

Vous ne pouvez pas faire opposition au simple motif que vous êtes en litige avec le bénéficiaire (par exemple, si vous n’êtes pas satisfait d’un objet acheté ou d’un service rendu).
source : http://vosdroits.service-public.fr/F2409.xhtml]]

 De contacter son hébergeur pour s’assurer de la protection de son nom de domaine. Car une fois la procédure de redirection du nom de domaine du site de R. lancée, cette adresse diffusée sur ses cartes de visites, affiches et compagnie pointera irrémédiablement vers le site de la Web Abusive Agency.

Dans un second temps, il serait souhaitable de se rapprocher d’un conseiller juridique ou d’un avocat pour éplucher le contrat et chercher d’éventuelles clauses abusives. Savoir également si un délai de rétractation existe entre professionnels (j’ai un doute à ce sujet) et si oui, quel en est le délai légal.

Et surtout :

 Il est important d’échanger systématiquement par écrit et par lettre recommandée avec AR. En cas d’appel téléphonique, si la conversation est importante pour le règlement du litige, pourquoi ne pas l’enregistrer (mais en n’oubliant pas d’en informer préalablement l’interlocuteur, c’est important).

 Retenir ces quelques conseils : un commercial du One-Shot n’a qu’un seul but : repartir de ce premier (et unique) rdv avec un contrat signé de votre main innocente. Ne signez pas ! Insistez pour prendre le temps de la réflexion, ne serait-ce que pour calculer le coût total de votre produit (ça va vous donner une petite douche froide, c’est bon pour les neurones).

 Enfin, et cela vaut pour tout prestataire web qui se présente à vous, demandez-lui ses références. Un coup d’œil sur ses réalisations vous donnera une idée de la qualité de son travail. Et/ou de son style, C’est important le style.
Curieusement, le site de la Web Agency en cause dans cet article ne présente aucune réalisation.

Je vais rester attentive à cette affaire. Ce n’est pas la première fois que l’on me parle de ces pratiques qui n’ont malheureusement rien à voir avec un service de Web Agency digne de ce nom.